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 En perdant Philippe Seguin, la vie politique française perd l'une de ses personnalités les plus indépendantes et les plus brillantes. Gaulliste viscéral, ce pupille de la Nation défendit toute sa vie une conception de la France fondée sur l'amour de la patrie, l'attachement à la Nation et le respect de ses valeurs fondamentales. Républicain intransigeant, il s'opposa sans cesse aux sirènes et aux aventures extrémistes. Ainsi, il n'avait pas hésité à risquer sa carrière politique lorsqu'il refusa les voix du Front National lors d'une élection à Epinal. Plus tard, il avait constitué, pour moi, un soutien inébranlable lorsque, avec quelques très rares autres, je me battais pour empêcher Jean-Marie Le Pen de prendre, grâce à quelques transfuges, la présidence de la région PACA en 1998. Natif de Tunisie, il avait des hommes du Sud la pudeur, la modestie, parfois même un goût pour la mélancolie et la solitude. Mais comme eux, il était aussi habité par cette authenticité, ce feu intérieur qui seuls déclenchent les grandes colères et les grandes passions. D'une honnêteté intellectuelle scrupuleuse, doté d'une pensée profonde et personnelle, nous n'oublierons pas sa voix grave et ample de tribun qui pouvait mobiliser les foules. A titre plus personnel, je l'avais connu à Sciences Po Aix il y a plus de 40 ans lorsqu'il y faisait ses études pour en devenir le premier étudiant de cette institution admis à l'E.N.A. J'eus ensuite le plaisir et l'honneur de travailler à ses côtés lorsqu'il devint Ministre du travail en 1986 puis, président du R.P.R. Je le revoyais souvent ces derniers temps, depuis qu'il avait accepté, il y a deux ans, à ma demande, de présider le conseil d'administration de Sciences Po Aix où je demeure professeur. Dans cette nouvelle tâche, pourtant secondaire pour cet homme d'Etat, il faisait toujours preuve d'un comportement rigoureux et scrupuleux qui forçait l'admiration. Pour lui, la politique n'était pas un métier : c'était un engagement. Je dirais même qu'il y avait pour lui d'autres vies que la politique. Ainsi, j'avais pu éprouver dans nos rencontres combien sa passion de la Méditerranée, du football et de Montesquieu, comme son retour comme Président à son corps d'origine, la Cour des Comptes, comptaient pour lui. Cela lui avait permis de dépasser la terrible désillusion que fut pour lui le lâchage dont il fut victime de la part de ses « amis » politiques lorsqu'il se présenta aux municipales à Paris. Désormais, la présence, la rigueur et le charisme de Philippe Seguin vont manquer à la vie politique française. Mais, nous sommes certains que l'idéal et la conception exigeante de la politique qu'il défendait demeurent plus que jamais d'actualité. Jean-Pierre GIRAN

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