J-P Giran invité à la Conférence Française pour la Biodiversité
L'actualité nationale - 26/04/2010 à 15:03 - Publié par Martine Garnier
Jean-Pierre GIRAN Président de "Parcs Nationaux de France" et député du Var a été invité par le gouvernement, en qualité de grand témoin, à la Conférence Française pour la Biodiversité qui se tiendra à Chamonix du 10 au 12 Mai 2010 sous la présidence de Jean-Louis BORLOO, Ministre d'Etat, Ministre de l'Ecologie. Le thème de la conférence est :
"Quelle gouvernance pour réussir ensemble ?"
Nous vous proposons, ci dessous quelques uns des thèmes qu'abordera Jean-Pierre GIRAN
Peut on gouverner la nature ?
Poser une telle question peut apparaître comme une provocation car elle suggère qu'un pouvoir, un homme, une collectivité auraient sur elle une autorité, une supériorité, un empire. Or, la nature n'a pas de maître, la nature est libre, car la nature c'est nous.
Et pourtant, parce que la nature est fragile et précieuse, parce que certaines dérives et certains dangers la guettent, n'est-il pas nécessaire de la protéger contre nous-mêmes, si j'osais, je dirais contre elle-même ?
Lorsque passant outre ces scrupules, on décide de tenter de la gouverner, un premier problème se pose : le temps de la nature n'est pas le temps du politique. Au temps long, à la sédimentation, à l'érosion, à l'éternel retour des saisons, s'opposent le délai bref, la proximité, l'instantanéité, l'échéance électorale qui rythment la vie du politique.
Au regard de ce contraste qui tourne souvent à la contradiction, on voit bien que l'éthique doit être au cœur de la réflexion et que, sans éthique, le politique ne peut rien pour la nature.
Si l'on souhaite justifier cette volonté de gouverner la nature, une deuxième question intervient : à qui appartient la nature ? Au propriétaire du sol, à celui qui en a un usage ancien ou traditionnel, à celui qui la contemple, à l'humanité au titre de laquelle d'ailleurs elle peut être classée ? En fait, peut-être à tout le monde, c'est-à-dire à personne ! Si tel est le cas, on comprend mieux que soient convoqués pour s'en occuper un état d'esprit et une démarche « grenelliens ».
Enfin, et c'est pour moi le plus grave, la gouvernance ne peut avoir de sens que si la bonne volonté affichée se mue en volonté constatée, l'annonce en décision, les mesures nationales en applications locales effectives. Or, force est de constater que, trop souvent, ce sont ceux-là mêmes qui ont voté au Parlement des mesures jugées emblématiques (Grenelle, principe de précaution, taxe carbone, nouvelle loi sur les Parcs Nationaux…) qui les condamnent ou les entravent sur le terrain. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » semblent penser ces politiciens qui n'hésitent pas à se draper dans la dignité du long terme et de l'humanité à Paris avant de se vautrer dans le clientélisme, le court terme et les prés carrés dès leur retour sur leur territoire d'élection.
Décidément, pour assurer la gouvernance de la nature, sans doute faudra-t-il créer un jour un conseil national d'éthique qui lui soit dédié. Car, qui peut contester que manipuler la nature ou altérer son intégrité ne soulèvent pas moins de questions morales et ne provoquent éventuellement pas moins de dégâts que la manipulation de l'homme ou l'altération de son intégrité.
Là encore, gardons nous de démontrer que « l'homme est un loup pour l'homme ».