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Diversité et volontarisme républicain

Sujets d'actualité - 18/12/2008 à 14:44 - Publié par Jean-Pierre Giran


Le discours de Nicolas SARKOZY sur la diversité, le choix de Yazid SABEG et l'entrée dans une discrimination positive à la française sont d'excellentes nouvelles pour tous ceux qui souhaitent que soient renforcés le lien social et l'équité républicaine de notre pays.

J'en suis d'autant plus heureux que dans la préface qu'il avait accordée à mon ouvrage « La fin des certitudes – Plaidoyer pour un volontarisme républicain » publié en 2005 aux éditions L'Harmattan, Nicolas SARKOZY écrivait déjà : « Le volontarisme républicain, dont une politique spécialement destinée à une meilleure intégration des jeunes issus de l'immigration constituerait la première application, est la solution proposée par Jean-Pierre GIRAN pour changer la politique française. Plus qu'une solution, un état d'esprit, une manière d'être, de penser, de débattre, d'agir, une éthique aussi bien personnelle que collective ».


Vous trouverez ci-dessous le chapitre concernant la discirmination positive extrait du livre "La fin des certitudes - Plaidoyer pour un volontarisme républicain".

Un nouveau traitement des inégalités : la discrimination positive

    Au delà des réussites incontestables obtenues dans la course éperdue vers le progrès, les inégalités entre les hommes et les territoires n'ont cessé de croître et demeurent des blessures béantes au cœur du pacte républicain.
    Or, il ne peut y avoir de politique qui vaille si l'on traite à l'identique des situations différentes, si l'on adopte des politiques uniformes pour des populations ou des contextes hétérogènes,  si l'on ne se préoccupe pas d'équité. Pourtant, c'est un traitement égalitariste contestable qui a le plus souvent prévalu quand ce n'était pas l'immobilisme dans lequel se réfugiaient les pouvoirs publics.
    Pour éviter de tomber dans un fatalisme collectif, exonérant chaque camp de sa responsabilité devant ce qui serait devenu une réalité regrettable mais réputée incontournable, un homme politique a proposé d'utiliser une stratégie « nouvelle » en France : la discrimination positive. L'ampleur des réactions pudibondes et furibardes suscitée par les propositions de Nicolas Sarkozy ont eu au moins le mérite d'ouvrir un véritable débat.
    On ne peut que s'en réjouir si l'on ne participe pas à l'hypocrisie ambiante consistant à affirmer une nécessaire égalité des chances dans une société où se perpétuent les inégalités de situations. Certes, « tous les hommes naissent égaux en droit », mais qui pourrait affirmer qu'ils peuvent exercer les mêmes droits en fait ?
    Application de « l'affirmative action » dans la lutte contre les discriminations, la discrimination positive consiste finalement, comme la résumait Roosevelt, à « user activement des instruments et des compétences exécutives » au lieu « d'attendre passivement que les lois de l'économie réalisent les objectifs du gouvernement ».
    Certes, il ne s'agit pas de nier la capacité du marché à allouer de façon optimale les richesses. Mais, si les imperfections ont pollué la compétition des acteurs et si la concurrence n'a pas été loyale, c'est un devoir politique de la rétablir afin que les différenciations légitimes ne soient pas confondues avec les discriminations négatives.
    La discrimination positive apparaît indispensable pour sceller le pacte républicain.
    Sans doute, ces ascendances anglo-saxones la frappent-elles d'un certain discrédit, notamment lorsqu'on la résume à un système de quotas ethniques visant à assurer dans tous les domaines des proportions représentatives des communautés structurant la population.
    Mais si l'on revient à l'essentiel, c'est à dire à la volonté de restaurer une relative égalité des situations pour assurer une suffisante égalité des chances, la discrimination positive ne nous paraît plus pouvoir être contestée.
    D'ailleurs, tel monsieur Jourdain faisant de la prose, ne fait-on pas de la discrimination positive sans le savoir ? Les Zep, les zones franches, l'aménagement du territoire, les emplois Cotorep, la parité homme-femme en matière électorale ne sont-ils pas d'ores et déjà la traduction d'un volontarisme républicain ? Ne visent-ils pas  à restaurer, par des mesures législatives ou réglementaires, les dégâts durables causés par les aléas de la nature, les soubresauts de l'histoire ou les mutations de l'économie à des hommes, des groupes ou des territoires ?
    Et qui pourrait également nier que l'aide aux chômeurs de longue durée, l'impôt négatif ou la sécurité de l'emploi dans le secteur public n'ont pas eux aussi vocation à compenser les situations d'exclusion, de pauvreté ou les devoirs particuliers qui s'imposent au profit de certaines catégories de la population ?
    En réalité, la discrimination positive « à la française » relève d'une politique d'inégalité équitable. Lorsque des individus ou des territoires ne disposent pas des mêmes chances objectives de s'exprimer ni de s'épanouir, lorsque des différences de situation prennent une dimension cumulative, la pauvreté engendrant l'exclusion et la récession la désertification, le choix nous paraît se résumer entre une bonne conscience aveugle feignant d'ignorer les ghettos et une volonté républicaine recherchant courageusement plus d'équité.
    Ces « actions positives » nourrissent pourtant des objections d'ordres divers.
    Nombreux sont ceux qui affirment que les discriminations négatives  subies dans le passé par un groupe ou par un territoire ne justifient pas que soient crées des discriminations positives à leur profit pour le présent et pour l'avenir. Mais, n'est-ce pas là un réflexe de privilégiés ou d'égoïstes ? Quand deux compétiteurs s'élancent, l'un lesté d'une charge prohibitive et l'autre sans entrave, interrompre temporairement la course pour délester le premier ne suffit pas à affirmer que l'égalité des chances est alors rétabli. Comment contester, en effet, que l'avance prise par son concurrent ne sera jamais rattrapée avant la ligne d'arrivée ? Les frustrations demeureront, les communautés se refermeront et la Nation n'incarnera plus la volonté de tous de « vivre ensemble ».
Supprimer les discriminations ne suffit pas ; compenser leurs dommages demeure une nécessité.
    D'autres, expriment l'idée que les politiques de discrimination positive relèvent du subjectif et donc de l'arbitraire. La critique n'est pas sans objet si les critères d'intervention et leur durée dans le temps ne sont pas clairement définis. Rien ne serait pire, en effet, que de cristalliser de façon pérenne les différences communautaires par une politique dont l'objectif est au contraire de rassembler les citoyens. La mise en œuvre de la discrimination positive suppose donc une observation de la situation des groupes et des territoires sur une période suffisamment longue pour que ne soient pas confondus fluctuations conjoncturelles et écarts structurels. La persistance sur une durée significative de temps d'un taux de chômage, d'un taux d'analphabétisation ou d'un taux de délinquance très supérieur à la moyenne nationale est un exemple des clignotants qui doivent déclencher une politique de discrimination positive. La convergence durable des mêmes taux vers une situation « normale » peut être, quant à elle, le signal d'un allégement progressif des actions « positives » et, à terme, de leur extinction. De la même façon, dans une dizaine d'années, la loi sur la parité électorale homme-femme devrait être abrogée pour laisser à chacune et à chacun, dans une liberté authentique retrouvée, le soin de décider de ses choix.
    Enfin, les adversaires de la discrimination positive en font volontiers l'instrument d'une « médiocratie » portant atteinte à l'instauration nécessaire de la « méritocratie ». Pour eux, la volonté d'équité s'opposerait ainsi, une fois encore, au souci d'efficacité. Ce procès nous paraît mal instruit.
    La discrimination positive et le règne du mérite ne sont pas antagoniques. Bien au contraire ! Pouvoir récompenser un fonctionnaire consciencieux, actif, innovant et le distinguer ainsi parmi ses collègues disposant du même grade ou du même statut, n'est-ce pas discriminer d'une façon positive ? Désigner un préfet, un recteur ou un ministre issu d'une communauté, telle que la communauté harki dont le moins que l'on puisse dire est que la Nation a contracté une dette à son égard, n'est-ce pas faire jouer le critère du mérite ? N'y a-t-il pas, en effet, à récompenser ceux qui, retardés au départ de la course, parviennent à force de volonté et de dons à franchir, en même temps que d'autres, la ligne d'arrivée ? Le mérite consiste aussi bien à atteindre une performance supérieure à d'autres en partant à chances égales, qu'à parvenir à un résultat identique à celui de ses concurrents en ayant dû vaincre, pour y parvenir, des difficultés très supérieures.
    Ainsi, la discrimination positive n'est pas, ce à quoi on voudrait trop souvent la limiter, un ensemble d'actions ponctuelles ayant pour seules cibles les communautés immigrées. Elle doit devenir le cœur d'une politique de volontarisme républicain où l'on décide de compenser les difficultés structurelles des uns, et de récompenser les mérites des autres. Elle peut, en tout cas, rendre à notre société et à ses membres plus de mobilité et surtout plus d'espérance.

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